2007_03_29_paraphrase_de_la_troisi_me_m_ditation

Paraphrase de la troisième méditation.

 

De Deo, quòd existat.

1. Claudam nunc oculos, aures obturabo, avocabo omnes sensus, imagines etiam rerum corporalium omnes vel ex cogitatione meâ delebo, vel certe, quia hoc fieri vix potest, illas ut inanes & falsas nihili pendam, meque solum alloquendo & penitius inspiciendo, meipsum paulatim mihi magis notum & familiarem reddere conabor. Ego sum res cogitans, id est dubitans, affirmans, negans, pauca intelligens, multa ignorans, volens, nolens, imaginans etiam & sentiens ;

De Dieu ; qu’il existe.

JE fermerai maintenant les yeux, je boucherai mes oreilles, je détournerai tous mes sens, j’effacerai même de ma pensée toutes les images des choses corporelles, ou du moins, parce qu’à peine cela se peut-il faire, je les réputerai comme vaines et comme fausses ; et ainsi m’entretenant seulement moi-même, et considérant mon intérieur, je tâcherai de me rendre peu à peu plus connu et plus familier à moi- même. Je suis une chose qui pense, c’est-à-dire qui doute, qui affirme, qui nie, qui connaît peu de choses, qui en ignore beaucoup, qui aime, qui hait, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent.

Descartes, troisième méditation métaphysique, traduction du duc de Luyne


L’examens que j’ai mené dans les méditation doit m’avoir conduit à remarque que si je veux continuer dans ma démarche de découverte d’une vérité fondatrice, je dois d’abord vouloir ne pas tomber dans l’erreur qui consiste à croire ce que je vois, je dois donc me fermer les yeux et me boucher les oreilles, afin de sentir le moins possible, je dois ensuite ne pas penser à mes sens, éviter de les croises, parce que le peux qui me vient d’eux est encore trop : je veux aboutir à ne rien recevoir d’eux. Je les ais donc attaqué d’abord sur leur terrain, en utilisant mon corps pour me boucher les oreilles, puis j’ai utilisé une volonté moins, en asseyent de ne pas penser à eux de me détourné d’eux, mais il reste encore quelque chose : je ne parviens pas à ne pas croire un peu en eux. Je n’y parviens pas ? Vraiment ? hé bien je vais faire exprès de ne pas les croire, je vais, alors même que je crois spontanément en eux, je vais me forcer à suivre la conclusion de mon raisonnement précédent dans lequel j’ai observé que les sens me trompe parfois et qu’il n’est pas prudent de faire confiance à ce qui nous a une fois trompé. Je vais affirmer, envers moi-même que tout ce qui me vient des sens est faux. En faisant ça, tout ce que je peux savoir me viens de l’intérieur, puisque je me suis paré de tout ce qui me vient de dehors, et peut-être y a-t-il un dehors qui me parle par le dedans, d’un langage qui me toucherais l’âme sans passer par mon oreille, mais cela je ne le sais pas encore. Mon intérieur ici, avec lequel je m’entretiens, c’est ce qui n’est pas concerné par le problème que pose les sens. Je m’entretiens souvent avec moi-même, en ce moment même, je prépare mes phrases devant mon interlocuteur. De lui je ne sais pas grand choses, il est comme une présence qui me juge, je sens son avis comme on sent celui d’un ami muet : par la façon dont il, dont je me regarde. Si je suis content de moi, la plupart du temps c’est bon signe (enfin, souvent je dis : je suis content hein !et sans attendre de réponse je continue sur ma lacé, souvent c’est pour me détourner de ma voie. Dois-je donc écouter ce guide intérieur ? Je dois plutôt le considérer. Comment ? Je devrais en quelque sorte prendre sa place ? Jouer son rôle ? Mais c’est que ma métaphore est imparfaite : cet « autre » que j’évoquais à l’instant est plus mois même que moi-même, et l’aimable bavard qui tente de justifier devant le juge supérieur de ma plus grand intimité, celui-là est encore un peu trop mécanique, il parle vite et sans réfléchir, ou trop peu, il (et je devrais écrire « je ») il répète ses arguments, en essayant de se rassurer. Mais le grand juge est là, et parfois, en écoutant je renonce à avancer – je sens tellement que jamais il ne sera satisfait ! Et parfois me détachant de lui j’avance, mais alors si je par trop loin gare ! Quelle souffrance alors quand je me sens coupable ! Bon hé bien dans ce méli-mélo de personnage je dois mieux me connaître, me rendre familier à moi-même. Mais quoi ? Certes, j’ai le texte de Descartes. Mais en songeant un peu librement, n’ais-je pas beaucoup parlé, et donné une un dialogue entre un je et un moi ? Un dialogue enflammé, un dialogue qui me semble être ma vie même, dont l’issue parait l’enjeu de mon existence ? Et Descartes ne me parle plus de cela ! Rattachons notre discours à lui : je suis une choses qu pense. Penser, c’est affirmer et nier, connaître et ignorer, aimer et haïr, vouloir et refuser, imaginer et sentir. Quatre couples, quatre forces opposées dont on sent qu’elles sont toujours un peu active les unes par rapport aux autres. Mais revenons un peu en arrière, sur un point qui m’a inquiété : ce vois avec laquelle je me parle à moi-même, c’est un rêve sonore, c’est une image de ma bouche articulant, d’ailleurs je sens presque ma langue bouger sur les consonnes. Ce moi qui parle, est-ce encore une image ? Il me faut bien avouer que oui : j’entend trop mon bon sens rire de moi quand je veux affirmer que ces mots c’est vraiment moi qui les dits, car j’ai envie de dire : je suis tout à fait maître de moi. Je sens bien cette tentation, et je vois que pourtant tout est contre elle. Alors quoi, mes mots sont des images ? je le savais déjà. Je les entends en moi. J’en comprends le sens, et c’est cela qui importe. Comment ? Peu importe dis-je. Je comprend et sur eux je peux affirmer, comme si par un outils je pouvais sculpter la chose à mon idée ; le langage est peut-être faillible, il y a une sens que je perçois et sur lequel mon jugement s’exerce : je peux affirmer ou au contraire nier. Je peux aussi suspendre mon jugement comme je le fais en ce moment vis à vis de mes sens, selon Descartes. Mon attention la plus intérieur, la plus critique, la plus sévère, la plus sensible et la plus aimante, celle qui seul connaît – tandis que mon langage manipule mon savoir comme un calculatrice, sans y regarder ; cette attention n’est pas tout à fait mobilisé en même temps et sur tout, contrairement à ce qu’il m’a semblé dire tout à l’heure. « Mais peut-être pensais-je à autre choses » me suggère ma vanité. J’ai pu percevoir sans juger. Je ne sais plus trop. Finissons–là : le sommeil viens, il est tard et demain m’attend, tout comme Monoprix.

 

Je veux remercier mes deux maîtres de la soirée : lui et Alain. De Descartes, on en vois assez ce que j’en lis ; d’Alain il me faut citer ceci, en espérant de donner à un éventuel lecteur l’envie de lire la note du premier chapitre de ses éléments de philosophie, puis du chapitre lui–même, qui ne nuit pas, contrairement à bien des sottises dont on nous abreuve – et je crois que cet éclat de colère est assez justifié et assez sain pour n’être pas caché – bref voici le mot d’Alain : « Conscience, voilà une notion fort difficile et que vous abordez aisément par ce chemin-ci. Toutefois vous devez vous exercer au petit jeu de moi et toi. Ce n'est nullement difficile et c'est assez amusant. C'est une préparation qui importe beaucoup dans votre présent travail. Je vous suppose en face d'un sujet fort difficile et je parie qu'à exposer seulement ce que, vous, vous en pensez, sentez et pressentez, vous ferez un excellent travail; j'ai vu cette méthode essayée par un paresseux qui avait du talent. Les résultats furent très brillants. Car ce que vous pensez d'un sujet mal connu peut être faux ou douteux ; toujours n'est-il pas douteux que vous en pensiez ceci et cela. Pour vous fortifier ici, c'est Descartes qu'il faut lire ; d'abord le Discours de la Méthode jusqu'à Dieu, ensuite les Méditations, et vous verrez comment on va fort loin en pensant seulement ce que l'on pense. »

 

Maintenant voici la petit histoire : je n’avais rien envie de faire ce soir ; j’ai lu ce passage, je me suis dit : vas lire les méditations. La troisième m’interpelle depuis longtemps :la démonstration de l’existence de Dieu ! Il y eut un instant de débats pour savoir s’il ne valait pas mieux commencer par la première, j’ai décidé que j’en savais assez d’elles pour l’instant. Mon débat fut conclu, et je pourrais en dire que j’ai voulu suivre le très beau très haut conseil de Saint Augustin « Dilige et fac quod vis ».