``Einer ist immer zu viel um mich'' - also denkt der Einsiedler. ``Immer Einmal Eins - das giebt auf die Dauer Zwei!''
Ich und Mich sind immer zu eifrig im Gespräche: wie wäre es auszuhalten, wenn es nicht einen Freund gäbe?
Immer ist für den Einsiedler der Freund der Dritte: der Dritte ist der Kork, der verhindert, dass das Gespräch der Zweie in die Tiefe sinkt.


“Il y en a toujours un de trop auprès de moi, ainsi pense l’ermite. Toujours une fois un - à la longue, ça fait deux ! »
Je et moi sont toujours en train de converser avec trop d’ardeur : comment pourrait-on y tenir s’il n’y avait un ami ?
Toujours pour l’ermite l’ami est le tiers : le tiers est le bouchon qui empêche la conversation de ces deux-là de sombrer dans les profondeurs. !

 

 Nietzsche – Ainsi parlait Zarathoustra, De l’Ami
Traduction Goldschmidt


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Ces trois proverbes sont le début du texte sur l’Ami.

 

 ``Einer ist immer zu viel um mich'' - also denkt der Einsiedler. ``Immer Einmal Eins - das giebt auf die Dauer Zwei!''
L’ermite, le solitaire voudrait fuir. Au fond de son âme, il cherche une unité, l’unité de son moi. Il voudrait être seul, ou plus précisément être lui-même, sans intervention extérieur. Il voudrait ne pas être déranger, mais nous ne savons pas au fond si le solitaire veut être tout seul, sans personne autour de lui. Nous savons seulement que chaque fois, il trouve qu’il y en a un de trop. S’il y avait trois ami, il n’en voudrait que deux. Quoiqu’il en soit, il n’est pas satisfait, et toujours l’un de ceux qui sont autour de lui est comme cette goutte qui déborde mais ne se déverse pas spontanément, restant trop longtemps. L’ermite pourrait peut-être faire partir cet excès,  mais bientôt encore il trouverait encore qu’il en a trop. Veut-il enlever cet « un de trop » ? Veut-il le fuir, comme je le pensais au début ?
On ne sait pas au fond, peut-être l’ermite peut-il accepter cet un de trop, accepter la gène, accepter parce que toujours, (même quand il est seul, il y en a un de trop. Alors l’ermite pourrait croire que quand il aura fui tout les hommes et qu’il ne restera plus que son moi il n’y aura plus personne de trop. Peine perdue. Il y en a toujours un de trop.

 

L’ermite peut-être a désiré, quand il était jeune, pouvoir communiquer avec les autres, discuter et avoir le même avis qu’eux. L’ermite a maintenant renoncer à cette communauté, car il sait que ce ne serait qu’une communauté de faiblesse, de gens qui se nient eux-mêmes pour pouvoir être d’accord avec les autres. Mais l’ermite ne renonce pas, il veut trouver une unité, son unité, son «Toujours Une Fois Un, Immer Einmal Eins». Mais là encore c’est peine perdu, bientôt son âme change, il n’est plus d’accord avec lui-même, il aurait voulu une éternité, une éternelle, constante et bienheureuse unité, il aurais voulu se nicher dans son âme comme l’enfant dans le ventre maternel, comme l’homme dans les bras de la femme. Mais cela n’est pas possible, car la durée le divise au fond même de son cœur. Une chose fait pencher la balance, un autre instant un poids vient rééquilibrer, et maintenant la balance est lourde, elle est dure a porter, comme un homme qui a un sceau dans chaque mains il se fatigue.

 

Ich und Mich sind immer zu eifrig im Gespräche: wie wäre es auszuhalten, wenn es nicht einen Freund gäbe?
En lui deux personnages, Je et Moi, parlent, elle se disputent en fait, car dans la solitude de l’ermite qui a tenté d’être toujours une fois un, chaque détail est devenu tellement important ! Un fois, un problème suffit pour briser son éternité. Dans l’éternité que l’ermite a voulue trouver, il est devenu passionné, et son cœur n’est plus en paix, car rien ne vient pour le diverti et le distraire de lui-même.  Il n’y a en fait aucun autre moyen, pour tenir dans la solitude de l’ermite, cette solitude si nécessaire, si naturelle à l’homme qui veut être en accord avec lui-même et ne pas mentir à son cœur. La tension du dialogue est insoutenable pour l’ermite si un Ami ne vient pas mettre entre Je et Moi, si un Ami, ne vient pas séparer, presque comme un arbitre, les deux joueurs, les deux disputailleurs qui sont maintenant en colère car leur sang pris par la passion du jeu auquel il jouaient s’est trop échauffé. La tension en fait pourrait devenir si grande qu’elle pourrai briser l’homme de l’intérieur s’il n’y avait pas un Ami.

 

Immer ist für den Einsiedler der Freund der Dritte: der Dritte ist der Kork, der verhindert, dass das Gespräch der Zweie in die Tiefe sinkt.
Il me semble que l’Ami pour l’instant c’est cette personne qui saura renter, par la confiance, par son intuition et son troisième oeil qui devine le débat intérieur, cette personne qui saura rentrer sur le ring et séparer  Je et Moi sans rentrer dans le débats et se faire assaillir et assommer par ces combattants. Ainsi, l’Ami est le tiers, le médiateur, le christ ou encore cet indéfini, celui qui est hors du coeur de l’ermite, qui ne prend le parti ni de Je ni de Moi. L’Ami est un bouchon. Un bouchon solide, qui ne boudera pas sou la pression, qui ne se brûlera pas au contact de cette conversation brûlante. Un bouchon qui empêche de tomber dans les profondeurs.

 

Quant au profondeurs, nous n’en parlerons pas ici, car ce serait me semble-t-il, y sombrer.