Dans le domaine des sentiments, le réel ne se distingue pas de l’imaginaire. Et, s’il suffit d’imaginer qu’on aime, pour aimer, ainsi suffit-il de se dire qu’on imagine aimer, quand on aime, pour aussitôt aimer un peu moins, et même pour se détacher un peu de ce qu’on aime – ou pour en détacher quelques cristaux.

André Gide, Les faux-monnayeurs


C’est extrait du texte que j’ai eu à mon exams sur la littérature du XXéme. J’ai fini par recopier ces deux phrases sur ma copie, et je l’ai rendue telle quelle.

L’imagination s’oppose (parfois) à la réalité. En effet nous percevons la réalité au travers d’images (images visuelles, images sonores etc.), c’est le point commun entre l’imagination et la perception de la réalité. Mais ici l’imagination peu avoir aussi le sens de fiction, de mensonge. Des fois on sait que ce qu’on imagine n’est pas vrai, mais des fois on ne s’en rend pas compte. C’est quand on ne sait plus si les images qu’on perçoit sont vraies ou fausse, qu’on risque de les confondre avec la réalité. C’est ainsi qu’on prend parfois nos rêves pour des réalités, car notre imagination échappe bien souvent à notre volonté, et comme le miroir de Risèd (c’est dans Harry Potter) elle nous montre souvent ce que nous désirons le plus. Parfois aussi elle nous montre ce que craignons le plus, comme les Détraqueurs (pour revenir à Harry, qui est décidément une mine de sagesse !), mais ça n’est pas exactement notre sujet.

Dans le cas de la vision, il est (la plupart du temps) facile de savoir si nous sommes victime d’une illusion, qui nous ferais voir un objet là où il n’y en a pas. C’est facile parce que dans le cas des illusions, des incohérences surgissent. Par exemple si je regarde derrière la glace, je vois que ma vue me trompait, en plus la personne bougeait en même temps que moi, ce qui n’est pas normal. En revanche, les sentiments sont trompeurs. Il est difficile d’être sûr. Car dans le cas des illusions optiques, je peux facilement vérifier, en faisant une expérience, en enlevant la glace par exemple.

Mais certaines images sont plus difficiles à vérifier, par exemple si un élève à tricher. Alors on recoupe les informations : on regarde si il était à côté d’un camarade et si leurs réponses se ressemblent par exemple, on se demande si c’est un élève téméraire et menteur, si il a déjà triché dans d’autres matières. C’est possible parce qu’il y a plusieurs moyens d’accéder à cette réalité cachée.

Mais nos sentiments sont intérieurs, celui qui s’imagine (même avec sincérité) qu’il aime est peut-être simplement fasciné par un feu de paille…Comment vérifier ? Quelles informations pouvons-nous recouper ? Si tout vient de l’intérieur, comment savoir si ça vient de l’imagination qui nous montre ce que nous voulons, ou si ça viens de notre cœur ? Nous ne parvenons pas à distinguer avec une certitude suffisante l’origine de ce que nous ressentons…

 

Et puis surtout, notre amour-propre ne joue pas contre-nous : nous ne serions pas trop blesser de ne pas voir le trucage d’un illusionniste. Mais les sentiments sont beaucoup trop proche de nous, trop présent, et surtout trop important. L’homme a autant besoin d’amour que d’eau fraîche. Quand on n'a pas d’eau fraîche, comme c’est le cas sur trente pour cent du globe, on boit beaucoup d’alcool. De la même façon le désir d’amour ( le désir d’aimer autant que d’être aimé) est tellement puissant, que si on ne trouve pas d’amour vrai, notre cœur assoiffé prend ce qui ressemble le plus à l’amour pour se désaltérer.

Dans le cas de l’alcool, puisqu’il est normalement mêlé à l’eau, la soif passe un peu.

De là donc à penser qu’il n’y a au fond aucune différence entre imaginer ressentir un sentiment et le ressentir réellement… Il n’y a qu’un pas.

Mais pourtant, (et je ne comprends pas encore l’ « ainsi ») Quand nous envisageons la possibilité que notre amour soit imaginaire, nous pouvons avoir en gros deux réactions : Soit nous refusons cette idée, nous jurons nos grands dieux que nous sommes bien sûr d’aimer réellement, soit on accepte cette possibilité et on dit avec Gide : J’imagine que j’aime. Mais alors (même si notre imagination n’est pas forcement trompeuse) nous envisageons qu’elle le soit, et donc nous envisageons que notre amour ne soit pas réel, mais seulement purement imaginaire. Et ça, le fait de douter de l’amour, ça en enlève quelques morceaux. Le doute ne se combat que par la certitude. Or il n’y a pas de certitude à espérer de ce côté-là : on peut toujours se tromper.

Et puis le fait de douter, de se demander si ce ne serai pas un tour de notre imagination, c’est déjà un argument (seulement un argument) en faveur de la thèse de l’imagination. Au fond de soi on se dit : «  si j’aimais vraiment, alors je ne douterai pas de mon amour. Si j’aimais vraiment, je ressentirais constamment mon amour, j’en serais sûr, si je n’en suis pas sûr, c’est peut-être qu’il vient de mon imagination. » Et alors on cherche la cause du désamour, on se dit que peut-être ce qu’on aime n’est pas si parfait, et ça, ça change la vision qu’on à de ce qu’on aime. On dit que Stendhal comparait le fait de tomber amoureux ave la cristallisation. Pour moi ça veut dire que l’amour se forme en idéalisant ce qu’on aime, en lui trouvant plein de qualité, y compris celle qu’il n’y a pas, qu’il se forme en partie grâce à l’imagination qui nous fait croire qu’on aime tout même les défauts. Mais le fait d’accepter de se dire que notre amour est imaginaire, hé bien ça inverse le processus, ça enlève des cristaux.

Et Gide conclu : « Mais pour se dire cela ne faut-il pas déjà aimer un peu moins ? »